Burkina Faso : Enfin la démocratie africaine peut avoir son Jeudi : White ou Black Thursday ? » that’s the question

Burkina Faso : Enfin la démocratie africaine peut avoir son   Jeudi : White ou Black Thursday ? » that’s the question

Prosaïquement entendue comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, la démocratie africaine a mal à sa légitimité, avec les volontés de plus en plus affichées de nos dirigeants, pour la plupart trentenaire au pouvoir, de s’y maintenir. L’actualité de cette fin du mois d’Octobre de l’an 2014, c’est la volonté péremptoire de Blaise de réviser la loi fondamentale du Burkina Faso. Le principe de la modification constitutionnelle n’étant pas mauvais en soi, on se demande ce qui peut expliquer les déclarations affichées, tant par la société civile que par l’opposition Burkinabé, de donner rendez-vous au pouvoir ce jeudi dans le cadre d’un gigantesque sit-in en vue d’empêcher les députés, pour la plupart acquis à la cause de , de voter la modification constitutionnelle. En regardant de près l’objet de cette modification, on se rend compte qu’elle ne porte que sur l’article 37 qui concerne la limitation des mandats présidentiels. Ce qui fait dire aux mauvaises langues que, bien que la volonté de modification constitutionnelle soit enrobée de zeste de démocratie, notamment le vote par les parlementaires, elle n’en est pas moins illégitime, car essentiellement taillé sur mesure pour le chef de l’Etat pour une représentation presque « ad vitam aeternam », et non en vue de consacrer la notion d’ « institutions fortes » longtemps dénoncées comme inexistantes en ce qui concerne les institutions africaines. Au moment où j’écris cet article, je ne peux m’empêcher de relever une coïncidence qui, même si elle ne voudra rien dire, est quand même un sacré clin d’œil à l’histoire. 27 ans après le décès de Sankara, Compaoré, à sa 27e année de pouvoir, veut faire un forcing parlementaire pour déverrouiller la limitation des mandats en vue de s’assurer une presque pérennité au pouvoir. Quels que soient les cas de figure, la rumeur va bon train sur ce que redouterait Compaoré à redevenir un citoyen lambda ; à cause, entre autre, de sa participation réelle ou supposée dans l’assassinat de Sankara, celui qui représente, pour la jeunesse africaine, un des modèles du panafricanisme. Une chose est sûre : Monsieur le « médiateur incontournable des conflits de la sous-région de l’Ouest« , comme aime à le désigner la communauté internationale, n’est pas prêt de partir, du moins de son gré. Soit il estime qu’il est l’homme providentiel du Burkina Faso depuis le décès de son frère d’arme, soit il redoute des poursuites, si on en juge par les nombreux cas restés sans suite devant les tribunaux ou les enquêtes n’ayant jamais été menées à leur terme. B1CqU4aIAAEjdaa.jpg largePar ailleurs, on se rappelle son rôle actif tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la crise ivoirienne. Après avoir offert une partie de son pays comme base arrière de la rébellion ivoirienne avec pour capitale Bouaké, il s’en était vu désigné « médiateur ». On sait ce qu’il en a résulté ou presque. D’autres mauvaises langues disent qu’il (Compaoré) constitue avec son frère , l’épine dorsale de la Françafrique « New Génération » qui est en train de se restructurer depuis l’arrestation manu militari de Gbagbo par et l’assassinat de Kadhafi par une internationale hostile aux velléités de l’Afrique de s’affranchir de la tutelle des parrains néocolonialistes. Les mêmes mauvaises langues disent que le « Nouvel Ordre Mondial » veut se renouveler en Afrique et, pour ce faire, ses promoteurs ont décidé de re-sécuriser toute la côte du Golfe de Guinée et sont pour cela prêts à dégommer tous les présidents qui ne se conformeraient pas à la nouvelle donne. C’est pour cette raison que, de mon point de vue, les évènements de ce jeudi au Burkina Faso me paraissent être un deuxième tournant fort qui permettra aux africains de comprendre les enjeux qui se jouent sur leur sol et la nécessité pour la jeunesse africaine de renforcer sa conviction dans son engagement. Et c‘est toujours l’Afrique de l’Ouest qui en est le théâtre. Après la crise ivoirienne qui a permis à la jeunesse africaine de prendre conscience des combats futurs qui l’attendent pour finaliser les luttes des Krumah, Lumumba et autres Sankara, il est temps pour elle de dire à ses chefs d’état que leur légitimité vient du peuple et de personne d’autres. Je suis convaincu que la démocratie africaine (d’Afrique noire francophone essentiellement) risque de retenir pour l’avenir la journée du Jeudi 30 Octobre 2014 comme son « Black thursday » ou alors… En effet, quel africain n’a pas appris ce concept dans les cours d’histoire. Le Wall Street Crash de 1929 en est un des plus connus. La caractéristique principale de ces « jeudis Noirs » est d’être particulièrement sanglants, désastreux, et même parfois avec des morts. Une chose est sûre, à l’issue de ces journées, les choses n’ont plus jamais été les mêmes. Les prochaines 24 Heures au Burkina Faso seront déterminantes pour la démocratie en Afrique noire francophone.


De deux choses l’une :

– Ou bien Blaise Compaoré réussit son tour de force et déverrouille la limitation des mandats. Alors, un message clair sera donné à tous les chefs d’état africains déjà trentenaire au pouvoir qu’ils peuvent, au nom de la « démocratie », mettre en place, très souvent, de façon fallacieuse et illégitime, des systèmes pour perpétuer leur pouvoir et consacrer de facto des « républiques démocratiquement monarchiques« .

Je n’attends rien de la communauté internationale, mais je suis un tantinet perplexe car, elle qui est souvent encline à s’ingérer et à dire à tel ou tel président de ne plus se représenter à une élection, en perd son latin dans cette crise burkinabé et les messages qu’elle envoie en sont devenus à peine audibles. Je me rappelle, entre autres, le message du gouvernement Etats-Unien à l’endroit des chefs d’état africains à l’occasion du sommet -AFRIQUE en Aout 2014. Il y avait une volonté affichée de mettre tout en œuvre pour que ceux-ci intègrent la notion d’alternance dans leur compréhension de la pratique démocratique. Pas plus tard que ce 28 Octobre, Fabius interviewé sur la question, disait l’attachement de la France au respect des principes définis par l’Union africaine sur les changements constitutionnels visant à régir les règles permettant aux dirigeants de se maintenir au pouvoir. En effet, l’article 23 de la charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance précise que « tout ou toute révision des constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique » constitue un « changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Pourquoi ne pas simplement dire à Compaoré qu’il est sur le point de commettre un acte anticonstitutionnel ? A moins que, fidèle à elle-même, la France ne se ménage la possibilité de manger à tous les râteliers. Elle est très coutumière des déclarations ambiguës en attendant de voir de quel côté les évènements basculeraient : Elle l’a fait en Tunisie, en RCA, au Mali. Elle a toujours donné l’impression d’œuvrer pour le droit. Les africains (beaucoup d’entre eux, en tout cas) ne sont plus dupes et savent que ce qui les intéresse, c’est moins la pérennité d’un Président quelconque au pouvoir que l’assurance de le voir leur ménager le traitement préférentiel dont ils bénéficient depuis l’accession des états africains à l’ : en somme faire fonctionner ce qui est connu de nos jours comme la Francafrik .


– ou bien les remettent à l’ordre du jour, ce jeudi 30 Octobre, à travers un « sit-in devant le parlement qui deviendra historique », la marche du 27 Octobre qui a vu plus de 1 Million de personnes dans les rues du pays, des hommes intègres, se recrutant dans toutes les couches sociales, les n’étant pas en reste, sorties avec tous leurs ustensiles de cuisine. En réussissant ce pari de paralyser l’assemblée nationale, un message historique aura été donné aux présidents actuels, détenteurs du pouvoir en Afrique, leur rappelant que la vraie légitimité appartient au peuple qui, seul peut juger en dernier ressort de l’éventuelle pratique légitime de la démocratie ». Il consacrerait ainsi un jeudi plein de promesse pour l’avenir de la démocratie africaine, porteuse de valeur de liberté, de souveraineté et de paix ; en clair le  » White Thursday » sera né et il viendrait de l’Afrique comme message au reste du monde en sa capacité à s’auto-réguler pacifiquement.

Pauk Kem (kpf)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :